Le pouvoir des habitudes : Changer un rien pour tout changer

Par Charles Duhigg

Vous avez pris la décision de prendre de bonnes habitudes. Vous avez d’ailleurs commencé par de nouvelles résolutions. Vous avez décidé de ne plus fumer ou de mieux manger. Et vous y êtes arrivé, pendant quelques semaines. Mais un jour, l’envie devient plus forte et avant même que vous ne vous en rendiez compte, vos vieilles habitudes sont à nouveau présentes.

Et bien ça, c’est le pouvoir des habitudes. Ces habitudes tellement ancrées, qu’il nous semble impossible de s’en débarrasser. 

Mais d'où vient ce pouvoir des habitudes ? Comme vous le verrez dans ce résumé, les habitudes pénètrent profondément dans le cerveau et le psychisme de l'être humain et influencent notre vie d'un millier de façon. Et bien qu'elles nous facilitent la vie, les habitudes peuvent aussi causer des problèmes et même ruiner des vies.

Heureusement, en apprenant comment fonctionnent les habitudes, vous pourrez commencer à surmonter leur pouvoir.

Vous verrez ici :

  • Comment se forme une habitude,

  • Qu’une habitude ne se supprime pas mais se transforme, et

  • L’impact du marketing sur nos habitudes.

Chapitre 1 - Comprendre le pouvoir des habitudes pour mieux le surmonter

Pour commencer, les habitudes sont des boucles stimulation-routine-récompense qui nous permettent d’économiser l’effort. En effet, plus de 40% de nos actions sont automatiques et donc fondées sur des habitudes. Et une action qui a demandé beaucoup d’effort au départ va, par la suite, devenir automatique.

Pour illustrer ce propos, nous pouvons voir que dans les années 1990, un groupe de chercheurs du MIT étudiait des souris pour en apprendre davantage sur la façon dont les habitudes se forment dans le cerveau. Les souris ont dû trouver leur chemin jusqu'à un morceau de chocolat qui avait été placé à la fin d'un labyrinthe en forme de T. À l'aide d'un équipement spécial, les chercheurs ont pu surveiller l'activité cérébrale des souris pendant qu'elles sniffaient jusqu'au chocolat.

Quand les souris ont été mises dans le labyrinthe, leur activité cérébrale a augmenté. Ils ont senti l'odeur du chocolat et ils ont commencé à le chercher. Cependant, lorsque les chercheurs ont répété l'expérience, ils ont remarqué quelque chose d'intéressant.

Au fur et à mesure que les souris apprenaient où se trouvait le chocolat et mémorisaient comment s'y rendre, leur activité cérébrale diminuait.

Ce processus qui va transformer un ensemble d’actions en une routine automatique est connu sous le nom de "chunking", et constitue la base de toute formation d'habitude. Son rôle est clair et crucial : il permet au cerveau d'économiser de l'énergie et d'effectuer efficacement les tâches courantes.

Par conséquent, même un acte compliqué qui exige de la concentration au début, comme la conduite, devient finalement une habitude sans effort. 

Comme nous l’avons vu plus haut, toute habitude est considérée comme une boucle en trois parties :

Stimulation

Pour commencer, vous ressentez une stimulation, un signal externe. Comme entendre votre réveil qui sonne. Cela va créer un pic dans l'activité cérébrale, car c'est le cerveau qui va décider de l'habitude la mieux adaptée à la situation.

Routine

Vient ensuite la routine, c’est l’action enclenchée par la stimulation. Il s’agit de l'activité que vous avez l'habitude d'exécuter lorsque vous êtes confronté à cette stimulation. Comme par exemple, se lever et se diriger vers le frigo pour prendre un verre de jus d’orange et vous servir votre petit déjeuner. Votre cerveau se conduisant de manière automatique.

Récompense

Enfin, vous obtenez une récompense ou un sentiment de réussite. Ici un sentiment d’hydratation et de rassasiement après une nuit de jeûne. Votre activité cérébrale augmente de nouveau à mesure que votre cerveau enregistre la réussite de l'activité et renforce le lien entre la stimulation et la routine. 

Les habitudes sont incroyablement résistantes. Dans certains cas, les personnes souffrant de lésions cérébrales importantes peuvent encore conserver leurs vieilles habitudes. L’exemple d’Eugène nous le montre. Un homme souffrant de lésions cérébrales graves causées par l'encéphalite. Lorsqu'on lui a demandé de pointer du doigt la porte menant à la cuisine depuis son salon, il n'a pas pu le faire. Mais quand on lui a demandé ce qu'il ferait s'il avait faim, il est entré directement dans la cuisine et a sorti un pot de noix d'une des armoires.

Eugène a pu le faire car l'apprentissage et le maintien des habitudes se produisent dans les ganglions de la base, une petite structure neurologique enfouie profondément dans le cerveau. Même si le reste du cerveau est endommagé, les ganglions de la base peuvent fonctionner normalement.

Malheureusement, cela signifie que, même si vous réussissez à vous débarrasser d'une mauvaise habitude, comme le tabagisme, le risque d’une rechute sera toujours présent.

Le fait de se défaire d'une mauvaise habitude est difficile car à la fin de la boucle d'habitude, on a envie d'une récompense. C’est ce qu'ont démontré les recherches menées dans les années 1990 par le neuroscientifique Wolfram Schultz. Schultz étudiait l'activité cérébrale d'un singe macaque nommé Julio, qui apprenait à accomplir diverses tâches. Dans une expérience, Julio a été placé sur une chaise devant un écran. Chaque fois que des formes colorées s'affichaient à l'écran, la tâche de Julio était de tirer un levier. Une goutte de jus de mûre coulait sur ses lèvres par un tube.

Au début, Julio ne faisait pas très attention à l'écran. Mais lorsqu'il a tiré sur le levier au bon moment, déclenchant ainsi la récompense du jus de mûre, son activité cérébrale a explosé, montrant une forte réaction de plaisir.

Au fur et à mesure que Julio saisissait le lien entre voir les formes à l'écran, tirer le levier et obtenir le jus de mûre, non seulement il fixait l'écran, mais Schultz remarquait que, dès que les formes apparaissaient, il y avait un pic d'activité cérébrale chez Julio semblable à celui où il avait reçu la récompense. En d'autres termes, son cerveau avait commencé à anticiper la récompense. Cette anticipation est la base neurologique de l'état de manque et c’est ce qui aide à expliquer pourquoi les habitudes sont si puissantes.

Schultz a ensuite modifié l'expérience. Maintenant, quand Julio tirait sur le levier, soit il n'y avait pas de jus, soit il y en avait sous forme diluée. Dans le cerveau de Julio, Schultz pouvait maintenant observer des schémas neurologiques associés au désir et à la frustration. Julio devenait déprimé quand il n'avait pas eu sa récompense.

Mais ce n’est pas une mauvaise chose car cela permet aussi de développer de bonnes habitudes. Pour cela et au moment d’une stimulation, il vous suffit de créer une bonne routine, qui vous apportera la récompense souhaitée.

Chapitre 2 - Transformer une mauvaise habitude en une bonne habitude

Maintenant que vous avez développé certaines habitudes qui ne sont pas forcément les bonnes et que nous avons vu que nous pouvons difficilement lutter contre elles, en les supprimant définitivement, nous allons voir comment les remplacer.

Pour cela, il vous faudra remplacer la routine par une autre et croire à ce changement.

Comme quiconque essaie d'arrêter de fumer vous le dira, quand le besoin de nicotine se fait sentir, c'est difficile à ignorer. C'est pourquoi la règle d'or pour cesser de fumer est la suivante : n'essayez pas de résister à l'envie, mais redirigez-la. En d'autres termes, vous devriez conserver les mêmes récompenses, en changeant la routine qui se produit à la suite de l'envie et de la stimulation.

Nous pouvons également le voir avec les Alcooliques Anonymes (AA), qui est une organisation qui utilise cette méthode avec beaucoup d'efficacité. En effet, les AA offrent de nouvelles habitudes qui répondent aux envies des participants. L'idée étant de remplacer l'alcool par quelque chose de moins nocif.

Malgré les bienfaits de cette méthode, nous pouvons voir que celle-ci n’est pas suffisante à elle seule. Au début des années 2000, un groupe de chercheurs du California's Alcohol Research Group a remarqué que la méthode de remplacement d'habitude fonctionnait à merveille, mais dès qu'un événement stressant se produisait, l'ancienne habitude était tout simplement trop forte pour résister, peu importe depuis combien de temps le participant était inscrit au programme.

D'autres recherches ont indiqué que ceux qui résistent à la rechute et qui restent sobres s'appuient souvent sur la croyance. C'est pourquoi la spiritualité et Dieu occupent une place importante dans la philosophie des AA. Mais également le fait que les participants croient à la possibilité d’un changement pour eux-même. 

Le fait de croire en soi et en ce que l’on est capable de faire. Pourra nous rendre plus forts lors de moments stressants de la vie et nous aidera à lutter contre ces mauvaises habitudes.

Cette transformation pourra également être possible si on se concentre sur les habitudes clés et que l’on réalise de petits gains.

Ces habitudes clés, sont plus importantes que d'autres parce qu'y adhérer crée des effets positifs qui vont s'étendre à d'autres domaines. Amenant à une transformation complète.

Parfois, nous avons du mal à vouloir modifier considérablement notre mode de vie. C’est là que les habitudes clés entrent en jeu. Il s’agit de réaliser une tâche qui va fournir de petits gains qui sont faciles à atteindre. Ainsi, développer cette habitude clé va engendrer d’autres habitudes positives dans un des domaines de notre vie, mais également nous montrer que c’est aussi possible dans d’autres sphères de la vie.

Chapitre 3 - L’impact d’une catastrophe : quand les mauvaises habitudes provoquent des drames

À l’hôpital Rhode Island Hospital, un patient souffrait d’un hématome sous-dural. Alors qu’il devait se faire opérer, l’infirmière observa que l’emplacement de l’hématome n’était pas indiqué sur le formulaire de consentement. Ils ignoraient donc le côté de la tête où ils devaient opérer.

L’infirmière proposa de revoir le scan qui indiquerait l’emplacement ou de retrouver la famille. Le chirurgien étant sûr du côté où ils devaient opérer, insista sur le fait qu’ils n’avaient pas le temps de faire tout ça et qu’il fallait commencer. 

Cela faisait un an que l’infirmière travaillait au Rhode Island et y connaissait les pratiques. Et dans ce cas, le chirurgien avait toujours raison. Elle reposa donc le dossier et resta en retrait.

Au cours de l’intervention, on se rendit compte que ce n’était pas le bon côté qui était opéré. Malgré que le patient fut retourné et qu’il subit la même opération du bon côté, décéda deux semaines plus tard.

Pour la famille, l’erreur médicale ayant causé un stress lié à la découpe de deux parties d’os crânien, eu raison d’un organisme déjà fragile.

Un tel accident était inévitable, car les trêves souffraient d’un déséquilibre. En effet, seules les infirmières renonçaient à une partie de leur pouvoir afin de conclure une trêve.

Mais une organisation ne réussit pas seulement avec l’équilibre des pouvoirs. Il faut cultiver des habitudes qui créent une paix véritable, équilibrée, tout en sachant qui exerce quelles responsabilités.

Et même de telles tragédies peuvent avoir un côté positif, car les crises offrent une chance unique de réformer les habitudes organisationnelles en fournissant un sentiment d'urgence.

Rahm Emanuel a déclaré le lendemain de la crise financière de 2008 “cette crise nous fournit l’opportunité de proposer des remèdes que nous ne pouvions proposer auparavant”.

En effet, une société avec des habitudes dysfonctionnelles ne peut pas se transformer totalement simplement parce qu’un dirigeant l’ordonne. Au contraire, les dirigeants lucides recherchent les moments de crise, ou créent la perception d’une crise, et cultivent le sentiment que quelque chose doit changer, jusqu’à ce que tout le monde soit finalement prêt à modifier ses habitudes.

Chapitre 4 - Vos habitudes et le marketing

De nombreuses méthodes d’analyse du comportement des consommateurs sont utilisées dans de nombreux magasins et encore de nos jours. Si vous entrez dans un magasin et si vous observez attentivement, vous pourrez voir de nombreux stratagèmes commerciaux à l'œuvre. Tous conçus pour exploiter votre inconscient de consommateur.

Par exemple, vous entrez dans votre supermarché local. Quelle est la première chose que vous verrez ? Il s'agit de fruits et légumes frais. Si l’on y réfléchit, ça n'a pas beaucoup de sens. Comme les fruits et les légumes ont tendance à être mous et sont facilement endommagés par d'autres produits mis dans le panier, ils devraient être exposés plus près des registres. Mais les spécialistes du marketing ont compris depuis longtemps que, si nous commençons nos achats en remplissant nos chariots d'articles frais et sains, nous sommes plus susceptibles d'acheter des produits moins sains, comme des collations et des biscuits, à mesure que nous continuons à faire nos courses.

Cela peut sembler assez évident. Mais les détaillants ont trouvé des moyens beaucoup plus subtils d'influencer les habitudes d'achat des clients.

Malgré tout, ces méthodes ont leurs limites. Il va s’agir de méthode unique qui ne va pas prendre en compte les différences dans un comportement d’achat d’un client individuel. Mais au cours de ces dernières décennies, et grâce à l’avancée de la technologie, la collecte des données peut se faire de manière plus poussée avec l’analyse des comportements. Et l'un des véritables maîtres de ce jeu est le détaillant américain Target, qui sert des millions de clients chaque année et recueille des téraoctets de données sur eux.

Au début des années 2000, l'entreprise a décidé d'utiliser ses données pour cibler les nouveaux parents. Pour prendre de l'avance sur ses concurrents, toutefois, Target voulait faire plus que commercialiser ses produits auprès de nouveaux parents ; elle voulait attirer des parents qui attendaient des enfants avant même l'arrivée de leurs bébés. Pour ce faire, il s'est attaché à déterminer les habitudes d'achat des femmes enceintes.

Mais Target s'est vite rendu compte que les gens n'aimaient pas être espionnés. Et pour que ses coupons pour bébés fonctionnent, il a trouvé un moyen astucieux de les enterrer au milieu d'offres aléatoires comme des tondeuses à gazon ou encore des verres à vin. Les offres devaient ressembler à celles que l'on connaît mais sans cible particulière.

En effet, lorsqu'elles tentent de vendre quelque chose de nouveau, les entreprises font de leur mieux pour le faire paraître familier. De nouvelles habitudes ou de nouveaux produits sont beaucoup plus susceptibles d'être acceptés s'ils ne semblent pas être nouveaux.

Target a reçu beaucoup de critiques pour son approche envahissante du marketing, mais cela ne veut pas dire qu'elle n'a pas eu un succès retentissant.

Chapitre 5 - Sommes-nous responsables de nos habitudes ?

Une nuit en 2008, Brian Thomas a étranglé sa femme à mort. Désemparé, il s'est rapidement rendu et a été poursuivi pour meurtre.

La recherche a montré que, contrairement au somnambulisme, au cours duquel les gens peuvent se lever du lit et commencer à donner des impulsions, lorsqu'une personne a peur de dormir, le cerveau s'arrête effectivement, ne laissant actives que les régions neurologiques les plus primitives.

Tant qu'il était dans cet état, Thomas pensait qu'il étranglait un cambrioleur qui attaquait sa femme. Au tribunal, la défense a soutenu qu'à l'instant où Thomas pensait que quelqu'un faisait du mal à sa femme, cela déclenchait une réponse automatique qui était de la protéger. Il a donc suivi une habitude.

À peu près à la même époque, Angie Bachman fut poursuivie en justice par la société de casino Harrah's pour un demi-million de dollars de dettes de jeu.

Au tribunal, Bachman a soutenu qu'elle aussi ne faisait que suivre une habitude. Le jeu lui faisait du bien, alors quand Harrah lui a envoyé ses offres alléchantes pour des voyages gratuits au casino, elle n'a pas pu résister. Même si Harrah savait qu'elle était une joueuse compulsive qui avait déjà déclaré faillite.

En fin de compte, Thomas a été acquitté et beaucoup, y compris le juge du procès, ont exprimé leur grande sympathie pour lui. Bachman, par contre, a perdu son procès et a fait l'objet d'un mépris considérable de la part du public.

Thomas et Bachman pouvaient tous deux affirmer : "Ce n'était pas moi. C'était mes habitudes !"

Mais une fois que nous prenons conscience qu'une habitude est nocive, il devient de notre responsabilité d'y remédier et de la changer. Thomas ne savait pas qu'il ferait du mal à quelqu'un dans son sommeil. Tandis que Bachman savait qu'elle avait une habitude de jeu et aurait pu éviter les offres de Harrah en participant à un programme d'exclusion qui aurait interdit aux compagnies de jeu de lui faire du marketing.

Conclusion

Se créer de bonnes habitudes est primordiale si nous souhaitons vivre pleinement notre vie. C’est pourquoi il est important de comprendre leur fonctionnement et comment elles sont créées. 

Dans le pouvoir des habitudes de Charles Duhigg, vous pouvez voir qu’une habitude est une boucle composée de trois éléments : 

  • La stimulation qui va amener à une action,

  • La routine qui est l’action enclenchée par la stimulation, et

  • La récompense qui va suivre l’action. Il peut s’agir d'un sentiment de réussite.

Pour comprendre son habitude, vous devez comprendre le but que vous souhaitez atteindre en la réalisant. C’est en la comprenant que vous pourrez surmonter son pouvoir.

Vous ne pouvez supprimer une habitude mais vous pouvez la modifier, en remplaçant la routine associée à la stimulation avec une routine moins nocive. Cette routine devant vous apporter la même récompense recherchée.

Chaque habitude a une incidence sur votre vie, plus ou moins bonne et avec un degré plus ou moins élevé. C’est pourquoi il faut arriver à analyser l’impact qu’elle peut avoir sur vous et la modifier. Nous sommes responsables de nos habitudes.

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